Quand la comédie étampoise vire à la tragédie

Récemment a eu lieu une séance du conseil municipal un peu mouvementée. L’opposition, exaspérée par des déclarations puérilement inexactes, a quitté l’assemblée. Elle venait de jouer son rôle constructif en votant certaines mesures de bon sens, et on lui reprochait de s’y être opposé. L’un des membres de cette opposition ne put se retenir de qualifier cette assemblée en la quittant de « Théâtre de Guignol ».

Il eût été plus exact de parler de théâtre de marionnettes, ou de jeu d’ombre. Il est de fait que les élus de la majorité pour l’essentiel à Étampes ne jouent qu’un rôle de figuration. On est là surtout pour applaudir à tout ce qui est décidé d’avance, sans même l’écouter, et pour jouer au petit soldat en agressant éventuellement l’opposition, quoi qu’elle dise ou fasse, sans davantage l’écouter. Démonstration en était faite, jusqu’au ridicule le plus achevé.

Cependant le « Théâtre de Guignol » est conçu pour faire rire les enfants, tandis que celui-ci ne fait rire que jaune, car il attriste tous ceux qui rêvent de démocratie locale.

C’est ce que les Japonais appellent le gouvernement de derrière le rideau. Étampes est en réalité gouverné par un triumvirat qui décide de tout par avance : il s’agit de monsieur Franck Marlin, député-maire, de  son directeur général des services, et de son directeur de la communication.

Ce qui réunit ces trois hommes, ce n’est pas l’intérêt pour Étampes, qui n’intéresse que monsieur Marlin : cela il faut le lui reconnaître ; mais d’une part l’exercice du pouvoir en lui-même, et, d’autre part, une attitude commune face à tout ce qui relève de la culture.

L’attitude commune de ce triumvirat par rapport à ce qui concerne la culture n’est pas connue de tout le monde. Certains pensent qu’il s’agit d’indifférence, voire d’une affectation démagogique, parce qu’ils les entendent se vanter de ne lire que L’Équipe. En réalité, il ne s’agit pas d’indifférence mais bien de ressentiment et d’hostilité. Ce qui se dit dans ce petit cercle, c’est que tout ce qui concerne la culture n’intéresse à Étampes que deux cents personnes, c’est-à-dire qu’une fraction infime de l’électorat : quelques cheveux blancs égarés, à droite, quelques hurluberlus aux intentions douteuses, à gauche.

De ce cocktail affligeant d’inculture et le cynisme, le monde entier a déjà vu le résultat au travers d’un Georges Bush, responsable d’un million de morts au Moyen Orient, d’un essor sans précédent du terrorisme et d’un crise économique d’une ampleur inégalée. L’Italie cependant reste tenue par Berlusconi, la France par Sarkozy, Étampes par nos trois hommes. C’est le règne de la communication et de la gestion comptable au jour le jour.

Où allons-nous ? On peut se demander si cette petite équipe ne commence pas à connaître une certaine usure, par manque de hauteur de vue. Un des indices en est l’évolution récente de la ligne éditoriale de l’hebdomadaire Étampes-Info. Son contenu informatif se réduit à vue d’œil, malgré le travail consciencieux de ses journalistes, reconnu de tous, au profit d’une frénésie croissante d’auto-célébration dont le public commence à se lasser.

Surtout aucun investissement réel n’est fait en matière de culture et de tourisme, et le potentiel considérable d’Étampes dans ce domaine reste depuis des années un simple potentiel. La promotion à l’échelle nationale du remarquable patrimoine étampois n’est même pas envisagée. A la saison touristique, Étampes reste d’ailleurs une ville morte.

La Tour de Guinette qui devrait drainer des foules de touristes, n’est toujours pas aménagée, ni même visitable. Aucune zone piétonne. Aucun balisage touristique. Le site gallo-romain le plus vaste d’Île-de-France, découverte archéologique majeure qui devrait occasionner la création d’un musée d’intérêt national, n’est considéré que comme une gêne, une catastrophe même puisqu’il retarde la création d’une déviation. On n’a même pas l’idée de tout faire pour qu’il soit fouillé au plus vite.

Le projet du nouveau musée dans les locaux de l’Hôtel-Dieu était déjà extrêmement mesquin en terme de superficie. On se prépare désormais à nous annoncer son abandon, et la vente de ses locaux à un promoteur privé, à cause du très méchant département et de la très méchante région, responsables de tous les maux qui accablent Étampes, comme le très méchant gendarme, l’ennemi du très gentil Guignol.

Si la scène étampoise est celle d’un théâtre, ce dernier acte serait celui d’une irréversible tragédie. La ville ne se relèvera pas de cette longue agonie sans perspective ni espérance.

Sirius

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Aide

WordPress theme: Kippis 1.15
Notre Newsletter pour suivre l'actualité municipale
Je Valide